Notre parcours

Affichages : 7208

Nicole et Félix Le Garrec : du magasin de photo au film documentaire

Félix Le Garrec est né en 1930 dans une famille de conserveurs à Plonéour-Lanvern, dans le Finistère. Il découvre la photographie alors qu'il est en soin pour la tuberculose dans un sanatorium à la montagne. Après une parenthèse parisienne où il s’est frotté aux diverses pratiques de la photographie, il s'installe comme photographe à Plonéour-Lanvern en 1957. Il fixe sur pellicules les grands moments de la vie de ses concitoyens mais aime à s'échapper des sentiers battus. Très vite, il se spécialise dans les agrandissements géants, les portraits, la photo expérimentale. En 1961, il se marie avec Nicole, originaire d'une famille de paysans de Plogastel-Saint-Germain, dans le Finistère.

Photographe de plateau, des « Naufrageurs » à « Z »

Quand Charles Brabant tourne le film Les Naufrageurs dans le Pays bigouden, Félix s'invite sur le plateau de tournage. L'équipe de tournage découvre les agrandissements de ses clichés qu'ila exposés dans sa vitrine. Quelques jours plus tard, le producteur le sollicite pour réaliser les photos de tournage, cette fois de façon officielle. A partir de 1966, le journal Le Télégramme lui donne carte blanche pour publier chaque semaine l'une de ses photos « insolites » à sa Une. Félix Le Garrec fait des photos de mode, réalise des reportages photos : sur les Tsiganes, les mines d’Algérie, la pêche, les « vieux métiers », la vie rurale, pour le Club Méditerranée à l’étranger... Il réalise aussi des Murs d’images : inauguration du rond-point de La Défense ; Foire internationale d’Alger... Dans les années 1970, il fera des projections géantes de ses clichés pour lors de concerts d'artistes bretons (tournée européenne d'Alan Stivell, chanteurs bretons à l'Olympia et en tournée...).

Jacques Perrin, de passage à Plonéour-Lanvern, découvre ses agrandissements géants exposés dans la rue devant son magasin de photo et l'engage comme photographe de plateau sur le tournage du film « Z » de Costa-Gavras, en Algérie en 1968, avec Yves Montand, Jean-Louis Trintignant, Irêne Papas, Bernard Fresson…

Pendant ce temps-là, Nicole se morfond derrière le comptoir du magasin de photo, entre les photos d'identité des Bigoudènes et les photos de mariages...

Rencontre avec René Vautier et création de l'UPCB

En 1969, Nicole et Félix Le Garrec décident de tourner la page de leur magasin photo. La rencontre avec le cinéaste René Vautier accélère le mouvement. René Vautier et le couple Le Garrec créent l’UPCB, l'Unité Production Cinéma Bretagne, basé à leur domicile de Plonéour-Lanvern. Un outil de production qui donnera naissance à des films documentaires et de fiction, dont « Avoir 20 Ans dans les Aurès » (réal. René Vautier, prix de la critique au Festival de Cannes en 1972) ; La Folle de Toujane et Quand tu disais Valéry (réal. René Vautier et Nicole Le Garrec), etc.

Remembrement, pêche, langue bretonne

A partir des années 1970, Félix et Nicole Le Garrec réalisent des diaporamas sur la vie des gens en Bretagne : Remembrement, Pêche, La Révolte des Bonnets Rouges, Les Ardoisiers de Commana, Ouessant, La Langue bretonne... Ce dernier document, projeté sous chapiteau à Paris devant mille spectateurs, recueille les honneurs du journal Le Monde, sera présenté au Festival de Berlin et à celui des Télévisions celtiques.

L'Amoco Cadiz

La naissance des écoles Diwan en 1977 incite Nicole et Félix à passer au film. Ils achètent une caméra 16mm et Félix se lance à la prise de vue. Quand survient la marée noire provoquée par le naufrage de l'Amoco Cadiz, en 1978, à Porsall, dans le Nord-Finistère (l'une des pires catastrophes écologiques de l'histoire), ils décident d'aller recueillir la parole des habitants.

Plogoff des pierres contre des fusils

Deux ans plus tard, c’est à Plogoff, à la pointe du Finistère, que les Le Garrec plantent leur camera, bouleversés par le courage des habitants vent debout contre un projet de centrale nucléaire. Sans aide financière, Nicole et Félix décident malgré tout de consacrer toute leur énergie et toutes leurs économies à la réalisation d'un film sur cette lutte.
Contre toutes attentes, en novembre 1980, le long-métrage documentaire "Plogoff, des pierres contre des fusils" sort en salles de cinéma à travers toute la France. Il reçoit un accueil inespéré du public comme des critiques.

Quarante ans plus tard, leur fille Pascale Le Garrec lance le projet de restauration du film. Le CNC, la Région Bretagne et la Cinémathèque de Bretagne soutiennent et financent cette restauration. En 2019, "Plogoff, des pierres contre des fusils" est sélectionné à Cannes Classics, la sélection des films restaurés du Festival de Cannes, et le film ressort dans les cinémas à partir de février 2020. Il est réédité en coffret-DVD-livre en novembre 2020 (éd. Mutins de Pangée, achat possible en ligne).

L’ARC (Atelier régional cinématographique Bretagne)

En 1983, l’un des cinq ateliers audiovisuels voulus par le ministre de la Culture Jacques Lang, dans le cadre de la loi sur la décentralisation, voit le jour en Bretagne. Félix Le Garrec est nommé à la tête de l’ARC, l'Atelier régional cinématographique Bretagne, créé à Quimper. L'objectif est de former des professionnels et d'initier une production en région. Il dote l’atelier d’un pool de matériel : camera super 16 mm, Nagra, projecteurs, travelling, salle de montage, studio. Et met en place, avec Nicole, des stages de formation au son, montage, direction d’acteurs, assistanat de réalisation…
Lorsque sonne l'heure de la retraite de Félix, Nicole prend la direction de l'ARC. Félix renoue avec les voyages pour des expositions et des reportages, en Pologne, au Vietnam, au Mali... Le couple réalise d'autres documentaires : La Porte du Danube (en Roumanie après la chute du mur), Les Enfants Dauphins, Les Enfants du Lougre, Pierre-Jakez Hélias l'émerveilleur ; etc.

Des livres, photos de Félix, textes de Nicole

Un premier livre de photographies, « Le Siècle des Bigoudènes », paraît en Juin 2000.

En 2011, deux volumes réunis dans un coffret, Vivre et lutter pour des images, font la part belle à l’ensemble du travail photographique de Félix et à la plume de Nicole Le Garrec. Ils entrainent le lecteur à travers les quatre continents avec un thème récurrent : la pêche. Pêche au germon sur un thonier de Saint-Guénolé (Finistère), pêche sur un chalutier au large de l’Ecosse, pêche dans le Delta du Danube en Roumanie, pêche en mer des Caraïbes sur les énormes thoniers senneurs de Concarneau et Douarnenez. (Vivre et lutter pour des images, éditions Coop Breizh, épuisé)

En 2014, le réalisateur Philippe Guilloux consacre un film de 55 minutes sur leur carrière, intitulé "Nicole et Félix". Découvrir la bande annonce ici.

En 2017, publication du livre photos Témoins silencieux en Baie d’Audierne (éditions Vivre ensemble tout simplement).
En 2018, l'association Les Amis de Nicole et Félix Le Garrec est créée pour valoriser leur fonds d'atelier, et notamment leur fonds photographique, qu'ils déposent au Port-Musée de Douarnenez, en aidant, par exemple, à l'organisation d'expositions : Thoniers senneurs en mer des Caraïbes, au Port- Musée de Douarnenez et au Musée maritime du Cap Sizun à Audierne (2019) ; 60 ans de photographies de Félix Le Garrec au Vieux Phare de Penmarc'h, du 12 juin au 3 octobre 2021.

Imprimer