Plogoff, des pierres contre des fusils

Plogoff, des pierres contre des fusils

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Le film Plogoff, des pierres contre des fusils, réalisé par Nicole Le Garrec en 1980, ressort en salles de cinéma dans sa version restaurée. Sortie nationale le 12 février 2020.

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Le film "Plogoff, des pierres contre des fusils" a été restauré en 2019, grâce au soutien du CNC, de la Région Bretagne et de la Cinémathèque de Bretagne, dans sa version d'origine, sortie en cinémas en 1980. Cette version restaurée a été sélectionné à Cannes Classics. Après les honneurs du Festival de Cannes, le film reprend le chemin des salles de cinéma !

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L'histoire

Rappelez-vous Plogoff. C'était en février 1980. Toute une population refusait l'installation d'une centrale nucléaire à quelques encablures de la Pointe du Raz, face à l'île de Sein, dans cette baie d'Audierne ouverte sur l'Atlantique. Six semaines de luttes quotidiennes menées par les femmes, les enfants, les pêcheurs et les paysans de cette terre finistérienne, désireux de conserver leur âme. Six semaines de drames et de joies, de violences et de tendresse. L'épopée d'un peuple du Cap Sizun face aux pressions de notre société moderne.

Nicole et Félix Le Garrec ont filmé jour après jour ces luttes quotidiennes et ont réalisé en 1980 un documentaire long métrage : "Plogoff, des pierres contre des fusils".

Des manifestations à la réalisation du film

Félix Le Garrec, prise de vue et production. "Plogoff est à 30 km de la maison. Situé sur la Pointe du Raz, le projet de centrale nucléaire qui voit le jour en 1978 concerne toute la région. Lorsque l'enquête d'utilité publique s' ouvre le 31 janvier 1980, nous sommes venus, Nicole et moi, soutenir la population de Plogoff, donc sans caméra. Mais devant l'ampleur du mouvement et la présence massive des forces de l'ordre (800 gardes mobiles), nous avons pris la décision de faire un film: Nicole à la réalisation, Jakèz Bernard ,au son, et moi à la caméra.

Nous n'avions pas l'intention de faire un long métrage, seulement un document témoignage d'une vingtaine de minutes. Les évènements vont en décider autrement.

Un fait nous mobilise définitivement: l'arrestation de retraités marins-pêcheurs et leur procès, alors que le procureur de la république de Quimper prétend que des "trublions chevelus et barbus" sont à l'origine des manifestations. Ce sont bien les gens de Plogoff et plus particulièrement les femmes qui tiennent tête aux gardes mobiles, et cela tous les jours pendant un mois et demi. Nous sommes restés sur place, hébergés chez l'habitant pendant deux mois. Nous avons travaillé jour et nuit, nous nous sommes faits oublier des gens de Plogoff... et même des gardes mobiles. L'aspect financier de l'entreprise m'inquiétait. Nous avons vendu du terrain, fait des emprunts pour payer les laboratoires. Nous n'avons reçu aucune aide de qui que ce soit.

"Mon problème constant était de ne pas filmer les manifestants en trop gros plan afin qu'ils ne puissent pas être reconnus, comme beaucoup l'ont été par des photos, et ensuite arrêtés. Il y avait sur place des journalistes de "Ouest France" et du "Télégramme" qui nous ont donné leurs photos pour qu'on les utilise dans le film, et pour la promotion. Chez nous, à Plonéour-Lanvern (Finistère), nous avions aménagé des studios de montage et d'enregistrement. Nous étions donc complètement autonomes pour monter et finaliser le film.

Ce film n'aurait pu se faire si nous n'avions pas été totalement acceptés par les gens de Plogoff, nos voisins."

Les pierres contre les fusils

La "messe" de 17 heures, les barrages en feu, les perquisitions, les emprisonnements... Le film présente le combat des gens de Plogoff et du Cap Sizun, dont l'épisode le plus spectaculaire reste l'affrontement des femmes avec les gardes mobiles !

Ce long métrage documentaire est sorti dans les salles de cinéma en 1980 et a totalisé plus de 100 000 entrées.

En 2020, la version restaurée du film ressort dans les cinémas

Plogoff, des pierres contre des fusils a été restauré en 2K, avec le soutien du CNC, de la Région Bretagne et de la Cinémathèque de Bretagne, en 2019. Le film a été sélectionné à Cannes Classics, la sélection réservée aux films de patrimoine, en mai 2019.

Le film ressort dans les cinémas, le 12 février 2020, en sortie nationale. Présortie en Bretagne le 5 février.

Chronologie des évènements

Au début des années 70, la France oriente sa politique énergétique vers le nucléaire. En 1974, en pleine crise pétrolière, la décision est prise d'implanter une centrale nucléaire en Bretagne, région qui ne produit quasiment rien de l'électricité qu'elle consomme.Plusieurs sites sont envisagés. Plogoff, situé à l'extrême ouest du Finistère, près de la Pointe du Raz, est définitivement choisi en septembre 1978. Très vite, la contestation s'organise.

L'enquête d'utilité publique débute le 31 janvier 1980 pour une durée de six semaines. La veille, les documents d'enquête parvenus à la mairie sont brûlés par les élus. Dès la nuit du 31, les barricades s'organisent. Les jours se succèdent dans un climat de grande violence. En raison de l'opposition de la municipalité au projet, l'enquête d'utilité publique ne peut être tenue à la mairie. Elle sera donc menée à partir de "mairies annexes" installées dans des camionnettes et gardées par des gardes mobiles.

Chaque soir, toute la population se retrouve pour le départ des camionnettes. La "messe de 17h" donne lieu à de violents affrontements entre la population et les gardes mobiles. Les interpellations se succèdent, jusqu'à ce procès où tout le conseil municipal de Plogoff se présente au tribunal, fronde au cou, par solidarité avec les prévenus. A partir de mars, les barricades nocturnes se durcissent. Chaque nuit, des troncs d'arbres sont placés en travers des routes pour entraver l'entrée des gardes mobiles dans Plogoff. Le 16 mars 1980, 50 000 personnes manifestent sur le site de la future centrale à l'occasion de la clôture de l'enquête d'utilité publique.

Les conclusions de cette enquête sont rendues publiques en novembre 1980 : Plogoff aura sa centrale. Seul espoir: les présidentielles.

Le 10 mai 1981, François Mitterrand, qui s'était prononcé contre le projet de centrale à Plogoff, est élu président de la république. Plogoff a gagné. En 1989, la Pointe du Raz est classée "grand site" par le Conservatoire du Littoral qui reçoit d'EDF en 1996 les 38 hectares de terrain prévus pour la construction.

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