Félix Le Garrec raconte Plogoff

Félix Le Garrec raconte Plogoff

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Félix Le Garrec, chef opérateur et producteur de Plogoff, des pierres contre des fusils. En 1980, Plogoff se soulève contre le projet d'implantation d'une centrale nucléaire. Félix Le Garrec, 50 ans à l'époque, raconte.

"Plogoff est à 30 km de la maison. Situé sur la Pointe du Raz, le projet de centrale nucléaire qui voit le jour en 1978 concerne toute la région. Lorsque l'enquête d'utilité publique s'ouvre le 31 janvier 1980, nous sommes venus, Nicole et moi, soutenir la population de Plogoff, donc sans caméra. Mais devant l'ampleur du mouvement et la présence massive des forces de l'ordre (800 gardes mobiles), nous avons pris la décision de faire un film : Nicole à la réalisation, Jakez Bernard au son, et moi à la caméra. Nous n'avions pas l'intention de faire un long métrage, seulement un document témoignage d'une vingtaine de minutes. Les évènements vont en décider autrement."

"Un fait nous mobilise définitivement : l'arrestation de retraités marins-pêcheurs et leur procès, alors que le procureur de la république de Quimper prétend que des "trublions chevelus et barbus" sont à l'origine des manifestations. Ce sont bien les gens de Plogoff et plus particulièrement les femmes qui tiennent tête aux gardes mobiles, et cela tous les jours pendant un mois et demi. Nous sommes restés sur place, hébergés chez l'habitant pendant deux mois. Nous avons travaillé jour et nuit, nous nous sommes complètement intégrés à la population et nous nous avons même réussi à nous faire oublier des gardes mobiles."

"L'aspect financier de l'entreprise m'inquiétait. Nous avons vendu du terrain, fait des emprunts en hypothéquant notre maison pour payer les laboratoires. Nous n'avons reçu aucune aide de qui que ce soit."

"Mon problème constant était de ne pas filmer les manifestants en trop gros plan afin qu'ils ne puissent pas être reconnus, comme beaucoup l'ont été par des photos, et ensuite arrêtés. Il y avait sur place des journalistes de "Ouest France" et du "Télégramme" qui nous ont donné leurs photos pour qu'on les utilise dans le film, et pour la promotion. Chez nous, à Plonéour-Lanvern (Finistère), nous avions aménagé des studios de montage et d'enregistrement. Nous étions donc complètement autonomes pour monter et finaliser le film.

Ce film n'aurait pu se faire si nous n'avions pas été totalement acceptés par les gens de Plogoff, nos voisins."

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